Impressions de l’Île d’Her

Un de mes tout premiers articles….
Soulac, sous le Verdon, en face de Royan, a beau être un très bel et très sauvage endroit, la ville elle-même a beau avoir gardé la belle mine de son grand passé balnéaire, dix ans de suite, c’était trop. J’avais besoin d’une nature encore plus nature, d’une mer encore plus riche et vivante, envie de neuf, de vent, de lumière. J’avais donc dit: »cette année, nous irons ailleurs! ». Sous entendu: »sinon, vous irez sans moi ».

Secouer une institution familiale n’allant pas sans heurts, après quelques échanges houleux, nous nous mîmes d’accord sur Noirmoutier. J’y étais allé enfant, il y a quarante ans, et j’en avais rapporté des souvenirs vivants et frais, des idées d’eau et de goémon, de sable fin et d’étrilles frénétiques à marée basse. J’allais pouvoir offrir tout cela à mon enfant et voir peut-être dans son regard un peu de mon émerveillement d’alors.

Noirmoutier est une île de Vendée, un grain de ce chapelet qui commence à l’Île de Groix, au Nord, qui continue par Belle Île en Mer, dans la baie de Quiberon, près de l’Île d’Houat, et qui se termine par Ré, face à La Rochelle, l’île des célébrités, et retraite politique dont les médias ont retrouvé le nom depuis quelque temps.

Noirmoutier vient en troisième, à cinquante kilomètre de Nantes, sud-sud ouest. Dans mon enfance, on y accédait par une route submersible, découverte au bon vouloir de la marée basse, Le Gois. On m’avait dit que depuis la construction du pont, à la pointe sud, près de Barbatre, l’atmosphère n’était plus la même, trop d’estivants et de parisiens. Comme moi.

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Nous avons trouvé une maison à partager avec un couple d’amis, dans un quartier de la ville de Noirmoutier, au nord de l’île, les Sableaux, un quartier résidentiel à deux pas de mes souvenirs. De cette maison, en allant à la côte, à cent mètres, nous allions pouvoir visiter, crique par crique, village par village, lieu-dit par lieu-dit, ce petit bout de Vendée presque perdu dans l’océan.

L’arrivée

Passé Nantes, vous arrivez à Beauvoir-sur-Mer, où l’on peut trouver Le Gois. Il n’est pas très bien indiqué, il n’est peut-être plus vraiment utilisé. Nous y arrivâmes au petit jour, dans un paysage de landes sauvages et brunes. Au détour d’un virage, un panneau nous dit que nous sommes sur une route submersible. Cent mètres plus loin, que l’on peut s’y noyer. Cinquante mètres après, un panneau lumineux nous informe que la marée est actuellement haute, et là, je freine vite: je suis à trois mètres des vagues interdisant brusquement le passage. Elles sont jaunes, et lourdes, brassant la vase du fond avec rythme et persévérance. Je sors de la voiture. Une épaisse odeur de goémon envahit le paysage… Nous ne pourrons pas y passer aujourd’hui. Peut-être au retour. J’aurais tant voulu qu’il soit à découvert, ce Gois légendaire… Nous prendrons le pont…

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Le Gois, à marée haute, à marée basse… Les poteaux que vous voyez sur les côtés sont le refuge des imprudents surpris par la mer. Souvent des Îliens pressés, ou trop habitués….

Coup de chance

Nous avons trouvé la maison, mais il est trop tôt pour la prendre tout de suite. Dommage, j’aurais bien dormi un peu. En attendant, j’avise un chemin de terre, juste en face. Je pars à l’aventure. Passé un premier rang d’habitation, surprise: plus rien. Une lande coupée de fossés larges et profonds, emplis d’eau, les Étiers, parfois barrés d’une écluse. Parfois de l’herbe, souvent d’anciens marais salants abandonnés. Un oiseau blanc. Je souris. Ma première mouette? Non. Une aigrette. Un peu plus loin, un héron. Je suis dans une réserve naturelle, de Mulambourg me dira-t-on, ou Mullembourg, protégée de la mer par la jetée Jacobsen, très longue, reliant la côte nord de l’île à la ville de Noirmoutier, où l’on peut faire du vélo en toute quiétude, coincé entre le chenal du port et cette lande fragile.

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Nous apprendrons plus tard que l’île est en trois morceaux. Au Nord, le socle rocheux, où nous trouverons les demeures de famille austères du Bois de la Chaise et leurs allées suspicieuses, et les villes de Noirmoutier et de l’Herbaudière; en descendant vers le sud, la partie basse et marécageuse, poldérisée, où les étiers apportent par grandes marées l’eau nécessaire aux marais salants, mais aussi aux crevettes et aux anguilles. Au sud, à Barbâtre, où c’est déjà presque le continent, où le pont arrive, les grands pins fixent le sable des longues, très longues plages. Nous habiterons à la frontière du roc et du Marais intérieur, où, les trois premières minutes passées, seul le vent règne, s’accrochant au crin des chevaux et des ânes, ridant les étiers et faisant sauter les mulets de joie, dans un bruissement d’eau.

En faisant cent mètres vers le nord, de la maison, nous arrivons à la plage des Dames, qui déjà en 1960 était la plage des riches estivants. Elle n’est pas large, bordée de petites guérites blanches nous amenant vers l’estacade et les terrasses de fin d’après midi.

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On peut, comme mon fils, la préférer vue de l’autre côté, des rochers… La plage est derrière….

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En suivant la côte, nous arriverons au berceau de mes souvenirs: Le Vieil. Quand on y arrive, on a l’impression que les maisons, petites, basses, blanches et bleues, sont en train de se raconter des choses à l’oreille, comme un petit village de Crète. Je les ai retrouvés, mes souvenirs, au Vieil. La digue que j’avais tant de mal à escalader, qui ne doit pas dépasser son mètre, l’étier et l’écluse devant la maison… Mes souvenirs étaient vivaces, mais j’étais petit, et je me suis aperçu que je ne savais rien de l’île…

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En continuant à parcourir la côte, nous tomberons sur l’Herbaudière, la ville du port. En arrivant, faites attention à la vitesse, vous atterrissez directement sur le quai! Maladroits s’abstenir. En s’arrêtant à temps on s’aperçoit que c’est un port bien rangé: à gauche les pêcheurs, à droite les plaisanciers. On ne se mélange pas. Ou pas trop. Ou entre clients sérieux… Ceux qui reconnaissent bâbord et tribord, et qui laissent les bonnes priorités à la sortie du chenal.

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Ce n’est pas au port que nous avons rencontré Alain, pêcheur de homards, de tourteaux et d’araignées de mer, parce que quand le travail est fini, il n’a aucun besoin de faire terrasse. C’est lui, et Véro, rencontrés par hasard, un ami d’ami, qui nous fera sentir la rudesse de la vie hors saison, quand seuls les Îliens restent, les maisons trop chères que les jeunes ne peuvent plus acheter, les patrimoines vendus pour pouvoir s’établir ailleurs, la mort dans l’âme, ou pas… En attendant, il nous trouvera un homard comme je n’en rencontrais plus, bleu vif, les pinces plus grosses que mes mains, que Claude aura attendu quarante ans de goûter, et dont les enfants tristes enterreront la carapace en grande cérémonie, au fond du jardin.

Après l’Herbaudière, sortis du port, nous redescendrons la côte Ouest vers la Guérinière, et les moulins… Nous passerons d’abord, toujours en suivant la côte, par la plage de Luzeronde, une des plus belles de l’île, puis par la pointe du devin, le mouillage de Port Morin, où le marais touche la mer. Le marais, encore… Le sel et les moulins. Des kilomètres de pistes à faire en vélo ou à pieds. Pas âme qui vive, sinon les paludiers lissant l’argile des bords de marais salants, ou une femme et son petit-fils, en train de pêcher le mulet, sans espoir réel, plutôt pour fabriquer des souvenirs heureux… Et les ânes gris aux longs cils et au regard doux, les chevaux au repos, et la vie qui grouille partout.

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Le moulin de la Guérinière, et le mouillage de Morin

Toujours plus au sud, et jusqu’au pont, jusqu’au continent, ce ne sera plus qu’une longue plage de sable, que l’océan dépose inlassablement. Nous frôlerons Barbâtre et la Fosse, les pieds dans le sable, les parcs de bouchots à droite, et nous serons à la pointe sud… Le pont… Celui qui laisse arriver à toute heure des hordes de voitures aux conducteurs avides de vacances. Celui qui a changé l’Île, la rendant plus voyante, mais plus discrète, plus intime, cachée loin des routes…

En faisant l’Île accessible à toute heure, le pont lui a retiré un peu du respect que sa nature imposait. Avec le Gois, ne passait pas qui voulait, quand il voulait. Et il faut avoir vu les retardataires ou les inconscients, les irrespectueux, abandonner leur voiture sur le chemin pour essayer de s’accrocher aux pylônes de secours, et récupérés plus tard, trempés, par les barques et leurs iliens hilares ou brutaux, pour comprendre que sous son apparente domestication, le caractère est là…

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On doit se sentir bien seul, sur son poteau, le Gois couvert…

L’Île d’Her, puisque c’est son nom ancien, est toujours une île délicate, précieuse. Tant de diversité, entre les champs de pommes de terre (qu’on mange à la vapeur, avec la peau et le beurre salé du sel de l’île) et les marais changeants, les plages où même le sable diffère, fin à l’ouest, plus grossier à l’est, et les rochers bourrés de vie, où les enfants courent après les crabes, faisant pisser les anémones, et chassant la crevette, les bois coupés de sentiers emmenant à des criques familiales et improbables, les villages parfumés de mimosa…

L’Île d’Her, c’est aussi l’île du vent… Celui qui chasse systématiquement les nuages du matin, celui qui fait choisir la plage, ou l’itinéraire, celui qui attise le feu du soir, quand vous cuisez vos poissons sur la braise. Cette brise qui fait se lever la houle, avec très vite des creux rapetissant l’horizon et chassant le bateau de côté, loin, lourd, et déjà presque désemparé, comme par un métronome impitoyable, ce vent qui finit par vous faire aimer le parfum des cirés…

C’est l’île des autochtones liants, ouverts, aimant vous faire partager leur amour de l’île, et dédaigneux du consommateur. C’est l’île qui donne plus que ce que l’on va y chercher et dont on revient changé, le cœur plein et l’âme sereine. L’île d’Her… Noirmoutier.

De belles photos de l’île sont visibles à www.nopole.com. Les photos présentes viennent de Google Images.

12 commentaires



woaw!!!!

magnifique reportage.

Soit dit en passant, cela ne fait que 5 ans pour ma part que je vais en été à l’Amélie Plage, juste à côté de Soulac!



une humeur comme je les aime, qui donne envie d’aller dans des coins peu connus, une humeur qui sent la marée et la mer rien qu’en la lisant , une humeur qui donne du baume au coeur.
j’ai senti les embruns.
merci



Merci pour ce texte bien écrit. Au fait, as-tu vu dans le regard de ton enfant le souvenir de ton émerveillement d’autrefois ?



Test manquant de rigueur (manque les prix, la disposition des pièces de la maison etc.) bref trop général, littéraire et personnel.
Mais c’est bien pour cela que je l’ai lu :-))
Merci pour cette nouvelle promenade.



Chouette !!!
Et inattendu pour moi qui ai fait le même parcours il y a deux ans en vélo en partant de Fromentine où j’ai de la famille et où je prenais toutes mes vacances étant gamin…
J’ai retrouvé le parfums des embruns et des goémons…Merci

Chris



Eh non, Olivier… Pas d’émerveillement… Juste du pragmatisme : « Ca pince pas, çà?… »

Modane



post en double, sorry



Oser mélanger les bretonnes Groix, Belle-Ile et Houat avec ces (pfff, je crache par terre) vendéennes Noirmoutier et Ré, quelle insulte ! Tu cherches la baguarre ou bieeen ?

Belle promenade en tout cas, merci !

___________________________________
signé encore ce mudak de drazam



…vendéennes…

Pouah, des chouans! 😉

Ah, les îles, j’ai de très bons souvenirs de l’île de Ré pour ma part, avant le pont, aussi. Et les îliens sont vraiment différents des gens du continent (quelle que soit la taille de l’île d’ailleurs). A la fois d’un abord plus difficile, mais aussi plus chaleureux, quand la glace est rompue.
z



Oui merci pour cette belle promenade qui pour moi aussi a ravivé des souvenirs de gamin émerveillé (et un peu effrayé par le Goix, seul chemin à l’époque).



35 ans de Soulac et L’Amélie, mais pas de regrets suite à ce sejour à Noirmoutiers… la tête pleine de jolis images et d’impressions nouvelles.

Merci pour cette jolie promenade, qui sent bon les vacances !

Vive Mamard le Homard, le Groleau, et la cheminée… 😉

Ilja



Ah! J’avais oublié de parler du Groleau, ce petit cépage local qui donne un blanc sec qui fait oublier plus que la soif!
Merci Ilja!

Modane

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