Hen­drix, ma grand-mère et moi…

Hier, il y a eu une sé­quence À l’abor­dage! avec Ma­de­moi­selle Maho  qui s’est vue rat­tra­pée sur son compte Fa­ce­Book, à l’oc­ca­sion du chan­ge­ment de de pré­sen­ta­tion des pages, par un passé qu’elle juge in­time, per­son­nel, et dont elle avait cru, ré­gu­liè­re­ment, ef­fa­cer les traces.

À tort… Fa­ce­Book n’ou­blie rien. Et te le res­sort quand il veut. Alors Ma­de­moi­selle Maho
a pu­re­ment et sim­ple­ment sup­primé son compte. Et, en de­hors du dé­plai­sir de ne plus me faire ac­cro­cher au ha­sard d’une photo ou d’un com­men­taire par sa très jolie per­son­na­lité, je trouve qu’elle a bien rai­son.

Parce qu’ ef­fec­ti­ve­ment, le passé, je le pré­fère aussi dans son sar­co­phage, avec tous les bi­joux et amu­lettes au­tour, et sur­tout une porte de trois mètres d’épais­seur en gra­nit pour que ja­mais plus il n’en sorte. Bien en­terré, oui. Avec les hon­neurs, certes, mais bien en­foui sous quelques ki­lo­mètres de pré­sent, et dé­fi­ni­ti­ve­ment.

Parce qu’à force, avec le temps, il finit tou­jours par res­sem­bler à un zom­bie, ce passé. Un peu pourri, avec des trous de­dans, que tu te de­mandes com­ment il fait pour tenir de­bout, et que quand tu veux t’en dé­bar­ras­ser, il finit tou­jours par trou­ver un tun­nel et sur­gir au mi­lieu du salon, en plein apéro, alors que t’es­sayes de faire le char­mant et le dis­tin­gué, et que tout ce passé qui suinte sur la table basse, ça finit par gâ­cher le dé­col­leté de la char­mante en­fant avec qui tu tu étais jus­te­ment en train de tis­ser un lien pri­vi­lé­gié. Il y a un temps pour tout, et jus­te­ment, un temps pour le passé. Le passé, quoi…

Parce qu’un passé à l’ins­tant T, là, main­te­nant, c’est plus du passé, jus­te­ment. C’est du pré­sent. Ah ah!… Re­tire-moi ce faux nez, je t’ai re­connu! Un sou­ve­nir, c’est un court-cir­cuit du temps.

TOUTHANKAMON.jpg

Image d’un passé dé­bar­rassé de ses or­ne­ments : Tou­tan­kha­mon

Et que ce n’est pas que j’ai des ca­davres dans mes ar­moires, mais je ne me suis pas échiné à me polir la per­son­na­lité, à m’éla­guer le bar­belé, à me ma­çon­ner la fis­sure et à tout re­peindre avec des jo­lies cou­leurs pour voir res­sur­gir dans le décor ces en­traves, manques, dou­leurs, au mi­lieu de cette chouette conver­sa­tion que j’ai avec cette nou­velle op­por­tu­nité de bon­heur que je ne veux pas rater. Sur­tout que j’ai plein de choses à faire ici et main­te­nant.

Un exemple… Je suis là, sou­riant. Elle est là, in­té­res­sée. Et je lui dis qu’il faut ou­blier les dogmes et qu’il faut jouir de la vie. Etre libre. Ce qu’il y a de plus grand. Et là, ma grand-mère dé­barque sur le tapis, avec son beau che­veu gras et cette dé­li­cate odeur d’hos­pice, qui conteste : « Ah non, mon gar­çon! La vie c’est fait pour ser­vir, pour tra­vailler. Sinon, tu iras en enfer, et ça c’est pas bien, et ça me fera de la peine! » Enfin… un truc comme ça… C’est un exemple…

J’in­vente un peu, mais on a tous eu droit à ce genre d’im­pré­gna­tion d’idées bi­zarres. Bi­zarres, sur­tout qu’elles ne nous ap­par­tiennent pas, ces idées. Mais au passé, si. Notre fa­mille, notre en­fance…

Sou­ve­nez-vous, nous ne fai­sions qu’ap­prendre, nous ne fai­sions que com­prendre. Mais pas tout. Y’a des choses, comme ça, faut du temps, pour ana­ly­ser. Et de l’ex­pé­rience. Alors on se dit peut-être que cette idée, il fau­drait la ran­ger quelque part, pour la ré­éxa­mi­ner la plus tard, par exemple. Et on la stocke. Et on l’ou­blie, or­phe­line d’ana­lyse et de veto. Ah lala, les gosses, ça fait que des conne­ries. Et ça veut sau­ver le monde!…

Et jus­te­ment, j’ai com­pris, le truc, là, à ma grand-mère, faut ga­gner son pa­ra­dis ma­chin truc… J’y crois plus. Je sais à quoi elle sert, l’idée. Ça fait même un bail que je l’ai ex­tir­pée, mas­ti­qué et re­bou­ché le trou et ri­po­liné à l’en­droit du sale. Alors pour­quoi elle re­vient en­core, là, posée entre deux verres de Mar­tini et un bol de graines sa­lées?

L’image est res­tée. Au delà du rai­son­ne­ment, de l’ana­lyse. Tel­le­ment de fois ré­pé­tée, re­prise. Im­pri­mée. Avec son petit nuange de conno­ta­tion, celle de la grand-mère, et celle du gosse, la mienne, ad­met­tons. Qui mi­tonne, ou­bliée, jus­qu’au mo­ment où elle va sor­tir, sur un dé­clic, un ha­sard, quelque chose qui rap­pelle…

Va la sor­tir des cir­cuits, cette image, toi, sans ar­rê­ter de fré­quen­ter l’émet­teur, et l’ou­blier! Pour ma grand-mère, enfin, mon exemple, ça tombe bien : elle est en­ter­rée, loin, et pro­fond. Plus d’émet­teur, dé­ba­rassé de l’image je suis. Mais cette ex qui pré­ten­dait au­près de tous que j’étais un tueur re­foulé? Ou ceci. Ou cela. Ou cet ami déçu qui…

Avec, vous notez, cette constante qui fait que le passé le plus ré­sis­tant, celui qui va vous faire de l’usage, comme on dit, c’ est le passé né­ga­tif. Vous sou­ve­nez vous de cette maî­tresse qui pen­sait que vous étiez un dieu, de ce fan pour qui vous étiez rien moins qu’Hen­drix? Dé­boulent-ils sou­vent  au mi­lieu de votre pré­sent, au dé­botté? Moins que ma grand-mère, en tout cas… Même, en y pen­sant fort, tout rouge, toutes veines de tempes sor­ties, ja­mais. Ils sont comme ça, les bons sou­ve­nirs. In­tro­ver­tis. Ils n’osent pas.

Alors, je compte bien pro­fi­ter de notre rose et heu­reux chan­ge­ment de ma­jo­rité po­li­tique pour de­man­der que soit adop­tée une nou­velle loi in­ter­di­sant le re­tour des pas­sés pour­ris.  Par­don? Vous dites?…  Un droit à l’in­ti­mité? Un droit à l’ou­bli? Oui. C’est ça. C’est ça. Un droit à l’ou­bli. Après tout, on doit avoir le droit de se ba­la­der à poil sur la place pu­blique, si on aime ça, si on trouve qu’il fait bon, etc.  Mais on doit pou­voir aussi mettre un man­teau, ou un voile, si on trouve brus­que­ment que le so­leil nous fait une ombre cu­rieu­se­ment ren­flée du bas, et qu’on ne trouve pas ça heu­reux, comme effet?

Tiens? Le passé comme l’ombre du pré­sent. Je la garde pour la pro­chaine fois, celle là….

shadowlinephotographieombrelumiere.jpg

Photo par Ri­chard Van­tielcke

, le 19 juin 2012

9 com­men­taires
1)

Smop
19.06.2012 à 01:03

Mais, c’est qu’il a la plume ins­pi­rée et ta­len­tueuse le bougre… On en re­de­man­de­rait !

2)

In­connu
19.06.2012 à 06:01

J’adore cette phrase : ” Un sou­ve­nir, c’est un court-cir­cuit du temps.”

C’est vrai, c’est sou­vent les mau­vais sou­ve­nirs, les ca­davres, qui res­sortent, ra­re­ment, ou trop peu sou­vent, les bons sou­ve­nirs…

3)

Le Cor­beau
19.06.2012 à 08:14

mais je ne me suis pas échiné à me polir la per­son­na­lité, à m’éla­guer le bar­belé, à me ma­çon­ner la fis­sure et à tout re­peindre avec des jo­lies cou­leurs pour voir res­sur­gir dans le décor ces en­traves, manques, dou­leurs,

Hé oui, on ne pense ja­mais à la consé­quence de ses actes et on ri­po­line tou­jours après coup sur du sale en s’ima­gi­nant que cela ne se verra pas.
L’en­nui, c’est que si on passe son temps à se de­man­der ce qui se pas­sera dans 20 ans, on ne fait plus rien. Le mieux c’est d’évi­ter d’en mettre par­tout sur la toile….

4)

Jean-Yves
19.06.2012 à 12:40

Pf­fiouuu !!!

Conclure avec un ec­to­plasme, rue “Gef­froy”, et dans l’ar­ron­dis­se­ment n° 13 …

Pas su­per­sti­tieux, Mo­dane !

Je me signe et je sors 😉

5)

Argos
19.06.2012 à 13:41

Bi­zarre, je n’ai pas à rou­gir de mon passé, au contraire, il pa­rait que je de­vrais en être plu­tôt fier. Comme di­rait l’autre, ma vie est un roman, mais je suis sim­ple­ment trop pa­res­seux pour l’écrire, pré­fé­rant goû­ter aux fruits de l’exis­tence.

6)

zit
19.06.2012 à 19:24

Du pas­séééé fai­sons ta­bleuu raaaa­seuuu…

Ré­su­mons, donc tis­sage de lien pri­vi­lé­gié avec la laine d’un col roulé, qui se trans­forme du coup en dé­col­leté, fan qui n’y connaissent rien (Hen­drix, elle est au chant, pas à la contre­basse, et puis moi, ça m’au­rais pas plu, qu’on me prenne pour une gon­zesse !), grand–mère in­va­sive à tous les pa­ra­graphes (dont il fau­drait re­cher­cher le ca­davre, « en­ter­rée, loin, pro­fond… »), apéro dé­gueu (du Mar­tini, pouah !), dé­lire mys­tique avec une ins­ti­tu­trice (la maî­tresse qui vous prends pour un dieu), ex­hi­bi­tion­nisme sur la voie pu­blique, dé­lire de per­sé­cu­tion (par un zom­bie en plus !), pen­ser à faire des son­dages dans les murs (j’ai l’im­pres­sion qu’il cache des trucs pas clairs sous des couches d’en­duit), son compte est bon, em­bar­quez moi–ça ! Heuuu, non, pas les me­nottes, plu­tôt la ca­mi­sole !

z (qui n’a au­cune mé­moire, je ré­pêêêêêêêêêêêête : sauf pour les trucs vrai­ment utiles)

7)

Mo­dane
19.06.2012 à 19:39

Zit, je sa­vais en­cou­ra­geant. Mais là! Pous­ser la com­pré­hen­sion à ce point confine à l’os­mose! Un frère, quoi!…

8)

Sa­luki
19.06.2012 à 23:31

Cher Zit,

feu notre Ami Alec6 au­rait pré­féré cette ver­sion

9)

Ama­rok2
23.06.2012 à 17:56

Lorsque j’ai un doute sur une pen­sée, pas­sée ou pré­sente, je me tourne tou­jours vers mon chat, qui lui, plus qu’au­cun hu­main sur cette pla­nète, a tou­jours la bonne ré­ponse. Nous de­vrions tous vivre notre pré­sent sans ses mau­vais sou­ve­nirs (mais où sont pas­sés nos bons sou­ve­nirs ?), et pro­fi­ter de vivre, ici et main­te­nant.

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