Objet : Rap­port de va­cances de Mo­dane, année 2008

Route

D’abord, il y a la trans­hu­mance… Nous ne sommes que quelques mil­lions à par­tir au même mo­ment. On a beau faire des ef­forts pour se dif­fé­ren­cier; si vous avez des en­fants, et que vous avez loué quelque chose quelque part, vous êtes sûr de par­tir ac­com­pa­gné d’un mil­lion de ba­bouins sans gêne et sûrs d’eux, qui vont en toute in­no­cence vous pour­rir le voyage. L’été est le mo­ment de la li­bé­ra­tion du sau­vage qui som­meille en tout ci­vi­lisé. Et c’est fou ce que ce sau­vage a le som­meil léger…

Ou­bliant code de la route, cli­gno­tants, lignes blanches, prio­ri­tés, vi­tesses conseillées, et sa­voir-vivre, le sau­vage en ques­tion adore se faire prendre en photo par les fonc­tion­naires de po­lice dis­sé­mi­nés sur son par­cours à cet effet, qui lui com­mu­ni­que­ront sous hui­taine son cer­ti­fi­cat de mau­vaise conduite en lui si­gni­fiant le nombre de points re­ti­rés et l’amende ma­jo­rable sous quin­zaine. Tout cela pour se le com­pa­rer en­suite entre amis, je parle là du compte de points res­tant, à une ter­rasse, pour épa­ter les filles, enfin… Celles qui aiment çà…

plage.jpg
Va­cances en Corée…

Va­cances…

Soyons clairs: je n’aime pas vrai­ment les va­cances. Je vais être obligé de com­po­ser avec le monde, les en­fants rieurs, les adultes com­mu­ni­ca­tifs, et la so­ciété des va­can­ciers. Il va fal­loir perdre du temps à or­ga­ni­ser des apé­ri­tifs, al­lu­mer des bar­be­cues, ex­pé­ri­men­ter de nou­veaux pe­tits plats raf­fi­nés, re­cher­cher les ra­frai­chis­se­ments du cru. Il va fal­loir se so­cia­li­ser en vrai, sans Fa­ce­book, tout à la main et à la re­la­tion di­recte.

Je vais être à des lieues de mon stu­dio, de mes gui­tares, de ma sta­tion de mon­tage, de mon école. Jeter sur bande une idée de chan­son va prendre des heures pour un piètre ré­sul­tat : il man­quera tou­jours la gui­tare qui va bien, et le calme qui va avec…

Pas de tra­vaux à cor­ri­ger, pas de my­riades de mails pour des choses qui en valent réel­le­ment la peine comme l’ali­men­ta­tion du ser­vice en consom­mables (Faut il réel­le­ment com­man­der au­tant de feutres, des sty­los à billes ne se­raient ils pas pré­fé­rables? Non! Il faut des feutres! On ne peut pas écrire sur les DVD avec des sty­los à billes!…)

Fi­nies les pro­blèmes exis­ten­tiels de réa­li­sa­teurs dé­bu­tants ayant perdu leur film dès l’écri­ture, finis les as­sis­tants rê­vant de prendre votre place…

Je serai obligé de par­fois perdre à la pé­tanque, de faire du vélo ou d’al­ler nager. Il pa­raît qu’en plus, là où je vais (où je suis obligé d’al­ler, donc), il suf­fit de mettre un masque et un tuba et de plon­ger la tête dans la mer pour voir des pois­sons (!) dans les ro­chers (!!)… Il pa­raît qu’on peut y res­ter des heures, entre deux eaux tel­le­ment ce… cer­tain disent spec­tacle, est « pre­nant ».

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Ani­mal de, pouah!… mer…

Je vais être obligé de subir les aléas de la mer et de la na­ture, in­ven­tant sans cesse de nou­velles fa­çons de perdre du temps, en évi­tant l’odeur des crèmes so­laires et les grains de sables ir­ri­tants. L’air sera ir­res­pi­rable d’em­bruns et de sel, de dé­con­trac­tion et de joie de vivre.

Finie donc la vraie vie, celle où on peine, où on traque, celle où la souf­france quo­ti­dienne donne du sens à votre ar­ri­vée au monde, bien­ve­nue dans les va­cances…

Bon­jour la pêche aux crabes et aux ho­mards, bon­jour aux rires de Mo­dane Ju­nior comp­tant les pieds des étoiles de mer comme moi ceux de mes rimes! Bon­jour aux ron­deurs es­ti­vales ex­po­sées au so­leil, va­gue­ment re­mar­quées de la ter­rasse d’un coin d’oeil désoeu­vré… Quelle plaie!

Et dire qu’il faut re­com­men­cer ce ma­nège tous les ans! Oui, vous avez bien en­tendu, tous les ans! Tous les ans avec de nou­velles ac­ti­vi­tés, dans de nou­veaux pays, pleins de gens qu’on finit par « connaître » et avoir l’illu­sion d' »ap­pré­cier »… Au contact de qui on finit par dé­ve­lop­per de nou­veaux « points de vue », ou, pire, sa « culture »!…

Non non et non… Dé­ci­dé­ment cette cor­vée de­vrait être abo­lie. Quand je pense que si j’étais plus jeune, si j’étais né ailleurs, j’au­rais le droit de conti­nuer à dé­cou­per mes plaques de sel pour un sa­laire de mi­sère. Quelle mal­chance!

Alors?… Quels chan­ge­ments de­puis l’an­née der­nière?

Cher­chons le neuf… Le GPS! Je de­vine, vous râlez, c’est pas neuf, vous en avez un de­puis deux ans. Ben oui, mais pas moi. Cette année, j’ai donc un co­pi­lote, dont la belle voix grave et posée contraste avec celle, fluette et af­fo­lée, là c’est sûr: elle va m’ar­ra­cher un oeil, de Ma­dame Mo­dane li­sant la carte pour trou­ver le trou perdu à peine ré­per­to­rié par Mi­che­lin où nous al­lons nous en­ter­rer deux se­maines. So­cia­li­sa­tion, je veux bien, mais al­lons y dou­ce­ment…

Donc, Tom­Tom One il y a. Ca change tout. Il y a quelques an­nées, suite à un pas­sage en Suisse où j’avais fini par ap­pré­cier les li­mi­ta­tions de vi­tesse jus­qu’à pré­sent ju­gées in­fan­ti­li­santes, je m’étais mis à la boite au­to­ma­tique et au li­mi­teur de vi­tesse. J’avais déjà plus l’im­pres­sion de conduire un ba­teau ou un avion qu’une voi­ture. Alors avec ce nou­veau ca­dran, à peine s’il n’in­dique pas l’as­siette, j’en viens à sou­hai­ter le cou­plage des au­to­ma­tismes afin de ne plus avoir à conduire du tout.

D’ailleurs, à ce mo­ment, j’en viens à en­tre­voir la fin de l’au­to­mo­bile, moyen de trans­port dé­passé, hors le réel plai­sir de conduire un engin mé­ca­nique, au pro­fit de trans­ports en com­mun pré­ser­vant l’in­ti­mité. So­cia­li­sa­tion, di­sais-je, oui, mais pas trop… J’ai­me­rais pou­voir dé­cla­mer ce que je veux sur le ton qui me plaît sans que la gêne de l’en­tou­rage me gâche mon plai­sir. Est ce que je gâche le leur, moi? Com­ment? Non, je ne beugle pas, Môs­sieur! Je dé­clame!…

Pour en re­ve­nir au GPS, celui ci est très à l’aise sur au­to­route. Au point de m’in­for­mer avec une constance louable que je de­vrai tour­ner à droite dans 467 ki­lo­mètres, ce qui m’est fort utile: on a par­fois les ré­flexes un peu ra­len­tis en va­cances…

Dans les pe­tites villes de Ca­ta­logne, il est par contre un peu moins sûr de lui. Eh oui… On peut trou­ver dans les dix mètres de ré­so­lu­tion de l’ap­pa­reil jus­qu’à trois che­mins dif­fé­rents. Mais fi­na­le­ment, il nous a conduit à bon port, par les pe­tits che­mins, nous fai­sant dé­cou­vrir des pay­sages in­ouïs que nous au­rions igno­rés, à un rythme de ba­lade. L’am­biance par­ti­cu­lière des bou­chons au­to­rou­tiers nous a bien un peu man­qué, mais très fu­ga­ce­ment. Un peu de nou­veauté ne nuit pas…

Passagesmall.jpg
Ceci est le dé­part de la dé­par­te­men­tale D quelque chose!

Et pour le reste?

Le far­niente reste le far­niente. Ne rien faire est une ma­gni­fique oc­cu­pa­tion, pour ceux qui aiment. Bien sûr, le pay­sage su­blime, bien sûr la pis­cine et la mare à gre­nouilles. Bien sûr le son de la cloche de l’église du vil­lage, l’odeur des herbes aro­ma­tiques pous­sant comme du chien­dent, et le so­leil… Le so­leil… Pas chi­chi­teux comme dans le nord, çà, non!… Qui te dé­coupe des ombres comme une gra­vure au burin. Et qui te pèse sur les épaules comme un élé­phant ta­quin…

Cactusnoirssmall.jpg
Des ombres gra­vées au burin

Non… Rien de neuf dans tout cela… Tran­quille. Presque en­nuyeux…

Jardinsmall.jpg

Enfin… Puis­qu’on y est obligé… Au­tant s’y mettre de bonne grâce?… Aidez moi!… Quel­qu’un au­rait il la re­cette ori­gi­nale du Mint Julep, ou quelque chose d’ap­pro­chant, à si­ro­ter à l’ombre?

, le 5 août 2008

13 com­men­taires
1)

Fran­çois Cuneo
05.08.2008 à 00:35

Dans mes bras Mo­dane.

J’en connais deux qui pensent comme toi: Ca­plan et moi.

J’ai bien ri avec l’his­toire du GPS qui te de­mande de tour­ner à droite dans 467 km: c’est exac­te­ment ça!:-)

Pour le reste, bonne fin de va­cances à tout le monde!

2)

LC475
05.08.2008 à 06:59

Merci pour cette hu­meur ra­fraî­chis­sante et bonnes va­cances quand même 😉

3)

Sa­luki
05.08.2008 à 07:04

Pour le reste, bonne fin de va­cances à tout le monde!

Faut pas pous­ser, je ne suis pas en­core parti. Et même que c’est râpé parce j’ai du pain sur la planche

4)

Diego
05.08.2008 à 07:25

Bouuuu !

Est-ce qu’on pense à ceux qui ont déjà FINI !?

Les mêmes quelques mil­lions sur l’A7, Ma­dame TOM­TOM qui te dit de pas­ser par Lyon alors que Mon­sieur 107.7 te dit de pas­ser par Gre­noble, les gnômes qui de­mandent quand on ar­rive, et les pre­mières gouttes qui mouillent le pare-brise aux alen­tours de Vienne.

Re­tour, 217 mails, 21 cour­riers, 62 ap­pels en ab­sence, 9 tâches au délai dé­passé, et tou­jours le goût du Mint Julep sur la langue.

Grrrrrr !

5)

El­Geko
05.08.2008 à 08:31

J’ai pas bien com­pris… C’est quoi les va­cances exac­te­ment? Ca ne vous ar­rive que 15 jours par an? Mais pour­quoi?

6)

Ca­plan
05.08.2008 à 09:46

J’en connais deux qui pensent comme toi: Ca­plan et moi.

Ah oui! Sous le so­leil qui tape et dans du sable qui colle par­tout, j’ai vrai­ment beau­coup de peine!

C’est pour ça que cette année, nous sommes allés à Londres en fa­mille!

Mil­sa­bor!

7)

ysen­grain
05.08.2008 à 12:19

Un des (rares ?) avan­tages de l’âge est que les “p’tits” sont grands; Donc Ma­dame Ysen­grain et moi-même par­ti­ront en sep­tembre à l’heure où

D’abord, il y a la trans­hu­mance… Nous ne sommes que quelques mil­lions à par­tir au même mo­ment.

Nous se­rons au calme

Ou­bliant code de la route, cli­gno­tants, lignes blanches, prio­ri­tés, vi­tesses conseillées, et sa­voir-vivre, le sau­vage en ques­tion adore se faire prendre en photo par les fonc­tion­naires de po­lice dis­sé­mi­nés sur son par­cours à cet effet, qui lui com­mu­ni­que­ront sous hui­taine son cer­ti­fi­cat de mau­vaise conduite en lui si­gni­fiant le nombre de points re­ti­rés et l’amende ma­jo­rable sous quin­zaine

Point du tout: Ma­dame et Mon­sieur Ysen­grain pren­dront le TGV et aussi l’avion.

– Je serai à des lieues de mon bu­reau-en-sous-sol mal ven­tilé, sur­chauffé hiver comme été. Pen­dant un temps,

– je ne serai plus ap­pelé la nuit,

– Je n’au­rai plus à ex­pli­quer à la dame du lit N° 13 pour quelle (in­fâme) rai­son son pla­teau repas ne contient pas de purée alors-que-Doc­teur-j’en mange-tous-les-jours-de­puis-30 ans

– je n’en­ten­drai pas pour la n i ème fois le Mon­sieur âgé de 78 ans, paumé dans les nimbes d’Alz­hei­mer me de­man­der si dans-le-ser­vice-Doc­teur-Vous-avez-des-toi­lettes

– Je ne pas­se­rai plus pen­dant quelques jours le péage au­to­ma­tique de l’au­to­route à la vi­tesse tout juste adé­quate pour que la bar­rière s’ouvre juste de­vant mon capot, et sans tou­cher SVP (ce qui m’est déjà ar­rivé)

– J’irai pro­ba­ble­ment humer l’air de la Cé­venne du côté du col de la Lu­zette, jouir de ce point de vue su­blime, rêver d’y vivre un jour, peut-être, de m’y ré­veiller au lever du so­leil et de m’y en­dor­mir à son cou­cher

So­cia­li­sa­tion di­sait Mo­dane ? Je m’en bats les couettes !! ces quelques jours là se­ront ma li­berté, ma res­pi­ra­tion, mon temps et mon par­tage choisi avec celle que j’aime de­puis si long­temps.

Va­cances di­siez vous ? Li­berté d’es­prit je vous ré­ponds … et sorry pour ceux qui sont déjà de re­tour (Diego °-)))

8)

Mo­dane
05.08.2008 à 13:01

Mon­sieur Ysen­grain, j’es­père qu’avec ce joli com­men­taire, votre Ma­dame vous a fait un bisou!

Mo­dane
05.08.2008 à 14:40

Joli coup, Blues! 🙂

levri
05.08.2008 à 14:53

il man­quera tou­jours la gui­tare ….cette ver­sion trans­por­table ne fe­rait-elle pas l’af­faire 😉

Heu­reu­se­ment que le ri­di­cule ne tue pas !

Une gui­tare c’est trans­por­table !

J’écoute While My Gui­tar Gently Weeps des Beatles sur le White Album

… et elle au­rait des rai­sons de pleu­rer moins dou­ce­ment !

zit
05.08.2008 à 22:33

Ah, bin pour moi, c’est en­core dans un p’tit mo­ment, TGV avec le vélo dans son sac vers les côtes d’Ar­mor où un co­pain à une mai­son à re­ta­per, pro­gramme :

  • placo (sous un toit en pente, et assez haut, c’est spor­tif quand on n’est pas pro), élec­tri­cité…
  • vélo, plouf, vélo, pâ­tis­se­rie lo­cale.
  • Apéro, repas, back­gam­mon, dodo.
  • et re­be­lote pen­dant 5 jours…

Après, au bou­lot.

Sinon, un gé­pé­haisse, j’ai failli cra­quer pour ma bi­cy­clette, mais je vais at­tendre en­core un an ou deux, l’écran 2,5”, c’est en­core un poil ri­qui­qui, je trouve (quel­qu’un a une ex­pé­rience de la chose ?).

z (beau­coup moins de monde qu’en Corée, dans les côtes d’Ar­mor, je ré­pêêêêêêêête : beuark, so­cia­li­sa­tion !)

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