Quoi de neuf?

Mon Dieu qu’il est dif­fi­cile ces temps-ci d’écrire. Le monde Mac bruisse de Léo­pard, de Time Ma­chine et de Car­bon Copy Clo­ner. Pour ma part, moi, banal uti­li­sa­teur, je lis avec in­té­rêt ces chro­niques et conseils, mais je me sens bien en peine d’en dire quoi que ce soit, et je laisse à mes amis chro­ni­queurs ini­tiés le soin de m’in­for­mer et de re­mar­quer tel ou tel point avan­ta­geux de ce mer­veilleux sys­tème d’ex­ploi­ta­tion.

Alors quoi?…

Gui­try est mort de­puis cin­quante ans. De­vons-nous fêter sa dis­pa­ri­tion?

Ce brillant es­prit, en­fant en­levé par son père, élève re­muant, mari mul­tiple, au­teur pro­di­gieux can­tonné par la cri­tique dans le rôle du théâ­treux bou­le­var­dier, ci­néaste dé­crié, col­lec­tion­neur for­cené d’œuvres d’art et de femmes (n’est-ce pas une re­dite?), un Des­tin, en quelque sorte, m’a ou­vert au goût du mot et de l’es­prit.

Pas une jour­née qu’ un de ses traits ne me passe par la tête, me plon­geant dans cet état grave et léger en même temps, ras­suré que je suis par sa lu­ci­dité se­reine et son uni­vers sen­sible. Gui­try : tou­jours grave, ja­mais sé­rieux…

Guitry7.png
Alexandre Gui­try, dit Sacha…

Fê­tons-le donc, mais il eut été pré­fé­rable de l’ai­mer. Aimé, il ne le fut pas. Il le re­gretta tou­jours… « Ma femme et moi avons été heu­reux vingt-cinq ans ; et puis, nous nous sommes ren­con­trés. »

Et quoi d’autre?

Cette année est aussi l’an­née de la tran­sat en double, dite Jacques Vabre. In­dé­pen­dam­ment du fait que « La Marie Ga­lante » s’ap­pelle main­te­nant « In­dus­trielle Gé­né­rale du Jam­bon de Porc-Epic Pas Cher », ce qui me semble nuire un peu à l’en­vol gra­cieux de ces mer­veilleux ba­teaux tran­cheurs d’écume, j’aime ces tra­ver­sées épiques où des hommes vont, seuls (là, ils sont deux…), tra­ver­ser des océans où des mon­tagnes d’eau vous font sen­tir votre cou­rage et la fai­blesse de notre condi­tion hu­maine.

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Vague vague…

Si vous n’avez pas exac­te­ment le pied marin, ou si vous pré­fé­rez l’aven­ture tous chaus­sons de­hors, et que vous aimez néan­moins l’idée d’un grand fauve som­meillant en vous, vous pou­vez par­ti­ci­per à la course, vir­tuel­le­ment, en équi­pant un ba­teau et en le rou­tant à tra­vers l’At­lan­tique. Il vous suf­fit pour cela d’al­ler sur Vir­tual­Re­gatta.

J’ai, per­son­nel­le­ment, fait l’an­née der­nière une belle Route du Rhum qui me per­met en­core cette année de briller en so­ciété en par­lant de l’an­ti­cy­clone des Acores qui m’avait obligé à me dé­rou­ter Nord-Nord-Ouest, alors que j’étais en pleine bourre avec Hé­lène Ma­cAr­thur. Ça vous pose son bon­homme…

Et en­core quoi?

Rien… Il fait gris sur Tou­louse, et Aldo Ro­mano a fait un bien bel album de jazz cool, « Can­zoni », qui ne se prend pas la tête. On y trouve Franco D’An­drea au piano sobre, Furio Di Cas­tri à la basse ronde, Paolo Fresu à la trom­pette, qui joue comme un Chet Baker qui au­rait re­trouvé ses nerfs, et bien sûr Aldo Ro­mano à la bat­te­rie fine.

On y jazze entre ri­tals, sur des ren­gaines, et c’est bon… Sur­prise : on ne trouve pas l’al­bum sur l’iTunes Store. Pour l’ache­ter, il va fal­loir sor­tir mal­gré l’au­tomne… Mais ça mé­rite…

Et puis?

On sait main­te­nant que Mon­sieur Nean­der­thal avait par­fois les che­veux roux. On connaît enfin le cri du poulpe. Et on ar­rive à créer en la­bo­ra­toire « des sou­ris trans­gé­niques ca­pables de cou­rir à la vi­tesse re­cord de 1,2 km/h du­rant six heures sans pause, soit plus de 7 km ».

Quel­qu’un qui au­rait une idée sur des ta­pettes en fonte au­rait main­te­nant de l’ave­nir…

En at­ten­dant, le monde avance en brin­que­ba­lant, se­conde après se­conde…

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Vas-y… Crie, pour voir…

Et dis-nous, Onc’ Mo­dane?…Tu nous parles de Léo­pard?…

Non, les en­fants!… Je vais vous par­ler d’un singe. Celui qui ap­prit le lan­gage des hu­mains, qui l’en­sei­gna à ses fils, et qui trouva seul le concept de l’in­sulte. Il, ou plu­tôt elle, s’ap­pe­lait Wa­shoe. Elle vient de nous quit­ter à l’âge in­croya­ble­ment avancé de 42 ans. J’ai­me­rais sou­vent voir dans l’oeil de mes in­ter­lo­cu­teurs l’éclair de ma­lice qui luit dans son re­gard….

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Wa­shoe… Adieu, ma belle!…

Et Léo­pard, alors ?…

Eh bien d’ac­cord!… Le voilà…

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, le 6 novembre 2007

23 com­men­taires
1)

JCP
06.11.2007 à 00:35

Houlà! fai­sons gaffe : si les singes de­viennent trop in­tel­li­gents, ils vont pas­ser leur per­mis de conduire et pol­luer comme des fous!

JCP qui joue au singe

2)

Oka­zou
06.11.2007 à 06:03

Merci pour cette chro­nique, Mo­dane, elle fait tout sim­ple­ment du bien.

3)

Fran­çois Cuneo
06.11.2007 à 06:51

Très chouette en effet.

La phrase de Gui­try, comme presque tou­jours… il faut trois se­condes, c’est un peu comme si on voyait des rouages tour­ner dans la tête, et puis ça ex­plose… Elle est vrai­ment su­perbe,

4)

mrG
06.11.2007 à 07:16

Merci pour cette bulle d’oxy­gène en début de ma­ti­née.

Ra­frai­chis­sant de chan­ger de sujet …

Bonne jour­née à tous.

G:

6)

M.G.
06.11.2007 à 08:13

24 juillet 1957… C’est la date de la dis­pa­ri­tion de Sacha Gui­try mais c’est aussi celle de mon dé­part dé­fi­ni­tif pour l’Afrique. Cu­rieuse coïn­ci­dence que je n’ai dé­cou­verte qu’en 1977 lors­qu’un cof­fret de trois disques fut édité pour les vingt ans de sa mort.

Pour moi, Gui­try c’est avant tout une voix et une dic­tion in­imi­tables, à tel point que je ne peux lire une de ses pièces qu’en l’ima­gi­nant dans le rôle qu’il s’était ré­servé.

Mais c’est aussi un homme de théâtre fa­bu­leux, toute une vie dé­diée à l’amu­se­ment et au res­pect du pu­blic. Ne di­sait-il pas que jouer au théâtre, c’est avoir chaque soir un ren­dez-vous d’amour avec mille per­sonnes ?

Ro­bert Fon­taine — mon maître au théâtre — di­sait qu’au­cune rai­son (santé ou autre) ne peut jus­ti­fier de ne pas jouer une pièce. Pour ap­puyer son prin­cipe, il ajou­tait cette phrase dé­fi­ni­tive : « Même la mort n’est pas une ex­cuse » !

Pour en re­ve­nir à Gui­try, quel­qu’un au­rait-il une idée de l’en­droit où trou­ver des en­re­gis­tre­ments audio (pièces, in­ter­views etc.) le concer­nant ?

7)

Sa­luki
06.11.2007 à 08:31

Je n’ai pas de com­men­taire par­ti­cu­lier… sauf que j’ai dé­gusté cette hu­meur. Merci, Mo­dane.

8)

Ma­dame Pop­pins
06.11.2007 à 08:54

C’est quand mon job ne me fait pas rire que j’ai le plus be­soin d’une hu­meur comme la tienne, Mo­dane : merci ! Sur­tout parce que cer­tains de mes col­lègues n’ont au­cune étin­celle dans le re­gard…

Bonne jour­née à toutes et tous,

9)

fx­prod
06.11.2007 à 09:16

Quoi de neuf?

rien si ce n’est ce neu­vième com­men­taire.

2 phrases de S Gui­try lors­qu’il fut ar­reté à la fin de la guerre:

ils m'emmenèrent menotté à la Mairie. J'ai cru qu'on allait me marier de force ! »

” La li­bé­ra­tion de Paris, j’en ai été le pre­mier pré­venu”

Et une autre que j’aime bien:

Si vous êtes un jour traité de par­venu, tenez pour bien cer­tain que vous serez ar­rivé.

Mo­dane
06.11.2007 à 09:21

Marc, tu peux trou­ver ses sou­ve­nirs en audio chez Audible.​fr… Merci (et ami­tiés) à tous…

nic
06.11.2007 à 09:24

Il fait gris sur Tou­louse, et Aldo Ro­mano a fait un bien bel album de jazz cool, “Can­zoni”, qui ne se prend pas la tête.

sympa! en li­sant ça j’ai pen­dant quelque mi­nutes crus (et au fond es­peré) que les 4 las­cars avaient en­re­gis­tré un nou­vel album de chan­sons ita­liennes, mais en fait il s’agit d’un disque en­re­gis­tré en 1992! si mes sou­ve­nirs sont bons il etait sorti à l’epoque seule­ment sur le mar­ché ja­po­nais, en eu­rope ils en avaient sorti un autre , sur le­quel on re­trouve cer­tains mor­ceaux. sur cet album on peut ecou­ter un ma­gni­fique mor­ceau: Es­tate

les 4 ont aussi en­re­gis­tré d’autres album, dont les trés beaux Ri­tual (dispo en mp3) OWL 1991 et Dreams and Wa­ters OWL 1992

tout ça, ça me fait des jo­lies sou­ve­nirs, des fris­sons… ma­gni­fique!

merci pour cette hu­meur ciao, n

Mo­dane
06.11.2007 à 09:29

Dé­solé pour la fausse joie, Nic! j’au­rais bien aimé aussi! Je trou­vais juste que cet album col­lait bien à l’at­mo­sphère du lieu où j’étais alors…

Mais tu me fais me poser la ques­tion : la nou­veauté est elle dans la ren­contre ou dans la date de créa­tion? Après tout, quand j’ai ren­con­tré Ma­dame Mo­dane, elle était née de­puis déjà quelques temps?!… 😉

Lou
06.11.2007 à 09:35

Merci Mo­dane pour cette belle chro­nique agréable comme un cho­co­lat chaud qu’on si­rote au creux de l’hi­ver…

XXé
06.11.2007 à 10:14

quand j’ai ren­con­tré Ma­dame Mo­dane, elle était née de­puis déjà quelques temps?!…

Argh ! Mais c’est vrai ça ! Mais alors, Ma­da­ma­moi n’était donc “pas neuve” non plus quand je l’ai connue ??? (2) Et voilà, ma jour­née est fi­chue…

Bon, heu­reu­se­ment, ton hu­meur me re­monte le moral. Allez hop, je la relis.

Di­dier

(1) Pourvu qu’elle ne vienne ja­mais lire ce com­men­taire ! 😉 (2) Oui je sais : moi non plus ! 😛

M.G.
06.11.2007 à 10:14

Marc, tu peux trou­ver ses sou­ve­nirs en audio chez Audible.​fr…

Merci Mo­dane. Je viens d’y trou­ver un en­re­gis­tre­ment de 2h32 😉

Sinon, il y a Ina.​fr

De plus en plus de do­cu­ments sur ce site de mé­moire. Pra­ti­que­ment toutes les “Ra­dio­sco­pie” de Jacques Chan­cel. Un régal !

zit
06.11.2007 à 11:22

Merci pour cette chro­nique ra­fraî­chis­sante, Mo­dane.

Le cri du poulpe? Mais il est connu de­puis 1995! date de pa­ru­tion de “la pe­tite écuyère a cafté”, de Jean–Ber­nard Pouy:

NO PAS­SA­RAN

Pour ce qui concerne le jââse, en ce mo­ment, j’écoute les lar­sens vo­caux de mina Agossi, sur­tout ses re­prises im­pro­bables et néan­moins splen­dides de Jimi H., en­voû­tante.

Quand à ton ar­ticle sur léo, bravo! ça c’est de l’info! quel scoop!

J’adore les chaise longues parce qu’il n’y a pas de place pour deux.

z (What’s up, doc? je ré­pêêêête:What’s up, doc?)

alec6
06.11.2007 à 11:44

Un peu de fraî­cheur dans ce monde de brutes… merci Mo­dane !

Je vous fe­rais donc grâce ce matin de quelques re­marques di­gres­sives sur l’état du monde…

Carpe Diem

Leo_11
06.11.2007 à 18:57

J’aime fort ce billet… un grand bol de fraî­cheur du matin (mal­gré que je ne com­mente que le soir…).

Un grand merci Mo­dane…

En prime la photo de ton Léo­pard est vrai­ment belle…

Argos
07.11.2007 à 08:59

Gui­try, ci­néaste dé­crié? Pas tant que ça. Il fut par­ti­cu­liè­re­ment ad­miré par les ci­néastes de la Nou­velle-Vague qui se sont ins­pi­rés de sa tech­nique, ou plu­tôt de sa ma­nière de pas­ser par des­sus la tech­nique. Au ci­néma, Gui­try avait un style d’une in­croyable li­berté et c’est pro­ba­ble­ment son ci­néma qui res­tera pour les gé­né­ra­tions fu­tures la meilleure preuve de son génie.

Mo­dane
07.11.2007 à 09:40

> Argos… Tu as rai­son. A par­tir du mo­ment où Truf­faut l’a classé dans les grands, on a re­connu son ta­lent… Mais avant?!… Per­son­nel­le­ment, il fait par­tie de ceux qui m’ont di­rigé vers l’image.

M.G.
07.11.2007 à 17:55

Gui­try ci­néaste

Lorsque j’ai vu « Un Crime au Pa­ra­dis » (Jean Be­cker – 2001) le scé­na­rio m’a très vite laissé un goût de déjà vu…

De fait, c’est un très bon re­make de « La Poi­son » de Sacha Gui­try, sorti en salles en 1951, avec Mi­chel Simon dans le rôle prin­ci­pal et un fi­gu­rant client du bis­tro du vil­lage que per­sonne ne connais­sait à l’époque : Louis de Funès !

C’est vrai que pen­dant des an­nées Gui­try a été mis au ban de la so­ciété et que son œuvre a été oc­cul­tée. Pour­tant, à par­tir des an­nées 70-80 on a com­mencé à re­voir ses films et nombre de nos grands ac­teurs l’on re­joué au théatre avec beau­coup de plai­sir et par res­pect pour son ta­lent d’au­teur. Sou­ve­nons-nous que le grand Paul Meu­risse est mort en jouant « Mon père avait rai­son ».

La­fa­boune
08.11.2007 à 17:39

Je vais vous par­ler d’un singe. Celui qui ap­prit le lan­gage des hu­mains, qui l’en­sei­gna à ses fils, et qui trouva seul le concept de l’in­sulte. Il, ou plu­tôt elle, s’ap­pe­lait Wa­shoe. Elle vient de nous quit­ter à l’âge in­croya­ble­ment avancé de 42 ans

Et pen­dant ce temps, Chee­tah file vers ses 76 prin­temps🙂

Zal­lag
08.11.2007 à 23:39

Merci Mo­dane, pour ces rap­pels de per­sonnes in­tel­li­gentes et hu­maines, dont Wa­shoe… J’ai dé­cou­vert cette cou­sine loin­taine au tra­vers d’un do­cu­men­taire sen­sible, il y a quelques an­nées, et me suis abonné au jour­nal Friends of Wa­shoe. Roger Foutts, son “père” pen­dant de nom­breuses an­nées, a écrit toute leur his­toire ex­tra­or­di­naire dans un livre dont il existe une tra­duc­tion fran­çaise. Cu­kiens in­té­res­sés, allez voir ici.

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