Un peu de lu­mières dans ce monde de brutes…

Ah, mes amis! Il faut que je vous ra­conte un truc qui m’est ar­rivé. Un truc in­soup­çon­nable, in­es­péré. Moi qui dou­tait, et qui er­rait, sans foi, sur les che­mins, j’ai trouvé celui de la vé­rité, et aussi son pro­phète! Al­le­luyah! Al­le­luyah! Mazel tov! Al­la­hou akbar!

De­puis quelques temps, j’avais mal à ma Ré­pu­blique. Comme une gêne sur le côté droit de la li­berté. Avec des symp­tômes at­ter­rants que je li­sais qua­si­ment tous les jours dans les jour­naux.

Par exemple…

Le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion d’Al­ca­tel Lucent s‘est sé­paré de son PDG, la chose étant pré­vue dans son contrat sous la forme d’une in­dem­nité de dé­part de 14 000 000€. De­vant ce mon­tant inique, et le tollé gé­né­ral, le PDG en ques­tion a fait ra­me­ner son in­dem­nité à un mon­tant plus rai­son­nable : sept mil­lions d’Eu­ros. On l’en re­mer­cie bien sûr, ce bon homme, d’avoir ra­mené cette in­dem­nité à 451 an­nées de SMIC, soit ce que ga­gne­ront, à la louche, 10 gé­né­ra­tions de sa­la­riés de basse caste.

Autre exemple…

Volks­wa­gen fa­brique des voi­tures ra­pides, puis­santes, plus éco­no­miques et moins pol­luantes que les autres. Ils sont fort, les in­gé­nieurs Volks­wa­gen. Mais un peu comme Lance Am­strong en cy­clisme, voyez-vous. Avec des amé­na­ge­ments qui viennent de se faire sur­prendre, car leur stu­pé­fiant mo­teur a car­ré­ment un mode de fonc­tion­ne­ment « Tri­che­rie sur banc d’es­sai », à côté de ses mode Sport ou Tou­ring, plus tra­di­tion­nels et plus admis.

Énorme scan­dale, dé­grin­go­lade en bourse, des têtes tombent, dont celle du PDG, mais qui ne tombe pas seule, celle-ci, mais avec une in­dem­nité de 60 000 000€.

Stu­peur de ma part! Mais pas pour les dif­fé­rents in­té­res­sés, puisque on lit dans les Échos, jour­nal gau­chiste s’il en est : «  Que diable s’est-il passé en in­terne pen­dant 18 mois, entre le mo­ment où l’Agence amé­ri­caine pour l’en­vi­ron­ne­ment de­mande au construc­teur des éclair­cis­se­ments sur un lo­gi­ciel in­for­ma­tique sus­pect et la ré­vé­la­tion en mon­dio­vi­sion de la du­pe­rie? » Je com­prends donc que l’info a mis 18 mois à me par­ve­nir, mais pas aux res­pon­sables. Les lu­mières dans un trou noir…

Un der­nier pour l’exemple

En 2011, sur un total de 36,5 mil­lions de foyers fis­caux, 19,5 mil­lions d’entre eux paient l’im­pôt sur le re­venu selon l’ad­mi­nis­tra­tion fis­cale. Soit 53,5 % des foyers fis­caux. Ce qui me fait dire que près d’un fran­çais sur deux n’est pas assez riche pour payer des im­pôts, au­tre­ment dit que la moi­tié de mes conci­toyens est pauvre. Et j’ap­prends par la même oc­ca­sion que moi qui ne pour­rais éle­ver dé­cem­ment un en­fant, seul à Paris où je tra­vaille et vis, faute d’ar­gent, je suis un nanti puisque je le paye, moi, cet impôt.

Alors?…

Mon­tée de l’ex­trême droite, is­la­mismes, ap­pau­vris­se­ment au pro­fit de quelques uns, re­plis com­mu­nau­ta­ristes, à l’en­chaî­ne­ment de ces choses étranges, plus ou moins ré­tro­grades ou nau­séa­bondes lues dans les jour­naux, on finit par se re­po­ser des ques­tions sur le monde dans le­quel on vit, et même sur son es­sence.

On voit res­sur­gir po­pu­lisme et  mou­ve­ments re­li­gieux, l’ana­thème et le cra­chat à la bouche, ceux qui ap­pe­lait cette ré­pu­blique « la Gueuse », et qui la taxent main­te­nant d’oli­gar­chie plou­to­crate en or­ga­ni­sant des « Ma­nifs pour tous » et  autres « Prin­temps Fran­çais », nos­tal­giques du temps où Dieu et les leurs ré­gnaient sur la ca­naille; et on se de­mande d’un coup ce qui a bien pu se pas­ser pour que ce rêve de ré­gime po­pu­laire et éga­li­taire que nous avaient mon­tré nos ins­ti­tu­teurs rad­socs des an­nées soixante, dé­fen­seurs fa­rouches de la Ré­pu­blique, ne soit plus un signe d’es­poir mais de mé­pris po­pu­laire, comme si ce der­nier siècle avait fait dé­teindre le dra­peau, chan­geant le bleu-blanc-rouge en bleu-blanc-brun.

Nous y voilà! Il est là, mon mal à la Ré­pu­blique. Nous y sommes!…

Or, quand il y a frus­tra­tion, c’est qu’il y a confron­ta­tion entre idéal et réel, que les deux ne concordent pas. Et comme on ne peut pas chan­ger le réel, la ques­tion se pose : la Ré­pu­blique si idéale qu’on m’avait ap­prise ne se­rait-elle qu’un fan­tasme pour que le doux rê­veur que je suis ne s’éveille ja­mais réel­le­ment?

Heu­reu­se­ment, un homme m’a fait com­prendre ce grand qui­pro­quo, la grande du­pe­rie de l’His­toire of­fi­cielle, et  donné des rai­sons cré­dibles pour que ce qui se passe ac­tuel­le­ment soit du simple do­maine de la lo­gique, et non du mys­tère, des Illu­mi­na­tis et autres conspi­ra­tions oc­cultes et rep­ti­liennes : Henri Guille­min.

 

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Henri Guille­min

Amis suisse, le Guille­min en ques­tion, vous devez le connaître puisque, même s’il est fran­çais d’ori­gine, de Mâcon, il a vécu chez vous et y est en­terré, près de Neu­cha­tel, je crois. C’est « un his­to­rien, cri­tique lit­té­raire, confé­ren­cier et po­lé­miste fran­çais re­connu pour ses ta­lents de conteur his­to­rique et pour ses tra­vaux sur les grands per­son­nages de l’his­toire de France. » dit Wi­ki­pe­dia.

Conteur, certes, il l’est. Et pas­sion­nant! Je l’ai ren­con­tré par ha­sard sur le Net, sous forme de ru­meur, comme quoi un vieux mon­sieur fai­sait de l’His­toire un chose pas­sion­nante, au point de car­ton­ner sur You­Tube. Je suis allé l’écou­ter, et je dois dire que les di­zaines d’heures pas­sées en sa com­pa­gnie m’ap­pa­raissent tout sauf in­utiles. Il fa­vo­rise le re­tour d’une His­toire dé­ca­pée, juste, celle qui vous fait à nou­veau com­prendre le pré­sent comme une évo­lu­tion lo­gique, alors que de lo­gique, vous aviez du mal à en trou­ver.

Ico­no­claste, qua­li­fi­ca­tif qu’il a re­jeté, je trouve qu’il l’est, et j’ap­pré­cie : c’est exac­te­ment le re­mède à mon mal-être po­li­tique. Ses Ro­bes­pierre, Bo­na­parte, Pé­tain, Jeanne d’Arc, Rous­seau ne sont pas conve­nus et bouf­fis d’images d’Épi­nal. Ils sont cré­dibles et com­pré­hen­sibles. Pour tout dire, il éclaire l’His­toire d’une lu­mière nou­velle et montre à qui veux com­prendre com­bien la Ré­pu­blique n’est pas ac­quise et qu’il faut œu­vrer pour qu’elle per­dure.

Ra­re­ment in­tel­li­gence, culture et sa­voir ne m’au­ront donné au­tant de plai­sir, de ju­bi­la­tion. Voire de clés pour com­prendre l’ ave­nir; et des ar­gu­ments pour com­battre ceux qui, sous cou­vert de pa­trio­tisme, font par­tie des cliques qui firent perdre une guerre à leur pa­trie pour pou­voir ra­fler un pou­voir que ja­mais ils n’au­raient pu at­teindre lé­gi­ti­me­ment. Car ce n’est pas « qu’il soit en­core fé­cond, le ventre d’où a surgi la bête im­monde », c’est qu’il n’a ja­mais ces­ser de pro­créer. Et que ses en­fants sont re­muants.

Vous pou­vez re­trou­ver les confé­rences d’Henri Guille­min sur le site de la TSR, qu’ils en soient re­mer­ciés!. Une im­por­tante col­lec­tion peut être aussi lue sur You­Tube. Je vous re­com­mande ami­ca­le­ment, si ce n’est déjà fait, d’al­ler pas­ser un peu de temps à l’écou­ter.

, le 28 septembre 2015

38 com­men­taires
1)

PSPS
28.09.2015 à 04:28

Homme tel­le­ment pas­sion­nant, en effet, que, voici quelques an­nées, j’ai ré­cu­péré toutes les sé­quences vidéo dis­po­nibles sur les sites cités pour m’en faire des sons seuls que j’écoute sur mon iPod lors de mes dé­pla­ce­ments en TGV !
Un must de la chro­nique his­to­rique et de la culture tout court !

2)

Phil­Sim
28.09.2015 à 07:24

Il y a long­temps (snif), on le voyait très ré­gu­liè­re­ment sur la té­lé­vi­sion ro­mande don­ner ses confé­rences.

Même si l’on était pas à priori pas­sionné par le sujet traité, il ar­ri­vait à « ac­cro­cher » le té­lé­spec­ta­teur d’une ma­nière im­pres­sion­nante.

Il est vrai aussi qu’il y avait alors beau­coup moins de pos­si­bi­li­tés de re­cou­rir au zap­ping qui per­met de s’échap­per vers des su­jets plus fu­tiles et qui nous évitent de pen­ser.

3)

Ca­plan
28.09.2015 à 08:16

Il y a long­temps (snif), on le voyait très ré­gu­liè­re­ment sur la té­lé­vi­sion ro­mande don­ner ses confé­rences.

En­fant, j’étais dans ce cas! Ou com­ment ce bon­homme ar­ri­vait à scot­cher un gamin de 10 ans de­vant la télé, en ra­con­tant les his­toires de l’His­toire.

Alain De­caux n’était pas mal non plus, il faut dire…

4)

Mo­dane
28.09.2015 à 08:24

Oui, on voyait beau­coup De­caux en France aussi, mais il fai­sait plus dans l’his­toire of­fi­cielle, celle de Mi­che­let, que je trouve très ré­duc­trice, et orien­tée.

5)

PSPS
28.09.2015 à 09:02

Vrai qu’Alain De­caux et son com­plice André Cas­tel­lot ont aussi illu­miné mes jeunes an­nées avec « La ca­méra ex­plore le temps » !
Mais, Henri Guille­min se situe fran­che­ment à un autre ni­veau en ex­plo­rant et rap­pro­chant des sources di­ver­gentes par­fois peu connues avec une acuité et un es­prit cri­tique qui offrent une vi­sion sor­tant des sen­tiers bat­tus.

6)

To­TheEnd
28.09.2015 à 10:02

Ah ce fan­tasme du pa­ra­chute doré… dans quel monde on vit! D’ailleurs, c’est tout de même la moindre des choses de de­man­der la tête d’un pa­tron et de le dé­bar­quer alors que pour le mo­ment, on ne sait rien de son im­pli­ca­tion dans cette af­faire…

D’après une stat que j’avais lu il y a quelque temps, en Suisse, c’est plus de 70% des foyers fis­caux qui payent des im­pôts.

Je vais mettre quelques vi­déos en tâche de fond…

T

7)

Mo­dane
28.09.2015 à 10:32

>TTE : Je trouve pour ma part, que si de tels contrats peuvent être pro­po­sés, et si­gnés, c’est bien le signe que notre monde oc­ci­den­tal est loin d’être ce qu’on pré­tend, et que l’étude de son his­toire est plus que ja­mais né­ces­saire, ne se­rait-ce que pour re­dé­ter­mi­ner le champ réel des li­ber­tés et res­pon­sa­bi­li­tés.

Mais bon… Heu­reu­se­ment, je reste sen­sible à ton hu­mour! Ton pa­tron, dont on ne sait pas, etc., il n’est pas payé pour jus­te­ment prendre les res­pon­sa­bi­li­tés? Celles de mettre en place des stra­té­gies et des flux de pro­duc­tion, et celles qui dé­coulent de la res­pon­sa­bi­lité lé­gale du ma­na­ger? Sinon, pour­quoi de tels émo­lu­ments? 🙂
M

8)

frato
28.09.2015 à 10:51

Une par­tie de son tra­vail est dis­po­nible éga­le­ment en CD audio

9)

Mo­dane
28.09.2015 à 12:14

Merci Frato! Car je dois bien avouer que sur les vi­déos, le son de l’époque n’est pas ter­rible, et qu’ un petit tra­vail de res­tau­ra­tion ne se­rait pas de trop…

To­TheEnd
28.09.2015 à 12:17

c’est bien le signe que notre monde oc­ci­den­tal est loin d’être ce qu’on pré­tend

Et on pré­tend quoi? Que tout est par­fait y com­pris et sur­tout en en­tre­prise, même si cette der­nière a 592k em­ployés dans le monde? L’en­quête dé­ter­mi­nera si les plus hautes sphères de l’or­ga­ni­sa­tion était im­pli­quée dans cette fraude mais je doute que le CEO se soit per­son­nel­le­ment mouillé dans cette af­faire.

Etre payé EUR 2.3 mil­lions par an (plus bonus) et as­su­mer tous les risques et conne­ries d’une telle en­tre­prise ne me semble pas si por­teur que ça sur­tout que lui (et les autres) ne sont pas à l’abri de pour­suites au civil…

Je ne connais évi­dem­ment pas les dé­tails de son pa­quet de dé­part mais il doit aussi y avoir une bonne part de stock op­tion et que sais-je en­core (des choses ac­quises avant l’af­faire donc). Je trouve tou­jours ri­golo que toutes les émo­tions se cris­tal­lisent sur un chiffre sans en com­prendre les te­nants et abou­tis­sants.

T

Hervé
28.09.2015 à 12:42

J’ai connu Guille­min grâce à mon beau-père qui pen­dant des an­nées le re­trou­vait tous les mer­credi à l’Uni­ver­sité de Ge­nève (en com­pa­gnie de Squibbs, pour ceux qui se sou­viennent des « an­ciens »). Et dans la fa­mille on sui­vait chaque se­maine son émis­sion sur … Sot­tens d’abord.

Quel bon­homme

@TTE : On parle culture, pas fric !

Mo­dane
28.09.2015 à 12:43

Je ne tiens pas à po­lé­mi­quer sur les sa­laires de ces di­ri­geants. D’ailleurs, cette his­toire n’est qu’une illus­tra­tion.

Par contre, com­ment est ar­ri­vée la Ré­pu­blique, pour­quoi, ce qu’elle a per­mis de­puis la ré­vo­lu­tion in­dus­trielle, et com­ment, avec la dia­lec­tique, on ar­rive à gou­ver­ner contre le peuple avec l’as­sen­ti­ment de ce­lui-ci, c’est au­tre­ment im­por­tant. Et in­té­res­sant. Je parle donc juste d’his­toire et de Ré­pu­blique, pour l’éco­no­mie, ce n’est pas mon do­maine : je laisse par­ler ceux qui en font pro­fit. En écou­tant bien.

Der­nier point: je ne vou­drais sur­tout pas per­si­fler, on sait bien que ce n’est pas mon genre, mais je suis sûr que dans les 592 ki­loem­ployés cités, il va bien se trou­ver un lam­piste res­pon­sable de cette af­faire de doigts dans le bocal à sucre.

Mo­dane
28.09.2015 à 13:21

>Hervé : Quelle chance!

fxc
28.09.2015 à 13:22

592 ki­loem­ployés

Y sont payés au poids.

Je ne connais­sais pas ce mon­sieur, pour moi son nom m’évoque cela

Dom’ Py­thon
28.09.2015 à 13:42

Car je dois bien avouer que sur les vi­déos, le son de l’époque n’est pas ter­rible, et qu’ un petit tra­vail de res­tau­ra­tion ne se­rait pas de trop…

La res­tau­ra­tion des ar­chives de la RTS (née de la fu­sion entre la TSR – télé – et de la RSR – radio) est un tra­vail col­lo­sal. Dans l’at­tente d’une res­tau­ra­tion plus mi­nu­tieuse et ci­blée, un nombre ver­ti­gi­neux d’heures a déjà été consa­cré au « sau­ve­tage » de la par­tie des ces ar­chives qui étaient en fin de vie, (phy­si­que­ment s’en­tend). Je compte vous par­ler de ça pro­chai­ne­ment, puisque je tra­vaille à la RTS et que j’ai no­tam­ment col­la­boré très mo­des­te­ment à ce pro­jet de sau­ve­tage et de nu­mé­ri­sa­tion.

Pour en re­ve­nir à Guille­min, à noter que les Edi­tions RTS sortent en 3 DVD les treize confé­rences sur Jeanne d’Arc.

To­TheEnd
28.09.2015 à 13:50

On parle culture, pas fric !

Que de­vien­drais-je sans les re­marques per­ti­nentes de notre re­traité grecque… di­sons que je n’au­rais pas parlé fric si le ca­ma­rade Mo­dane n’avait pas, sur un texte de 1’077 mots, parlé de fric sur 360 mots (un tiers). Mais vi­ve­ment un billet sur la culture grecque et les avan­tages d’une re­traite là-bas avec une pen­sion suisse.

Par contre, com­ment est ar­ri­vée la Ré­pu­blique, pour­quoi, ce qu’elle a per­mis de­puis la ré­vo­lu­tion in­dus­trielle, et com­ment, avec la dia­lec­tique, on ar­rive à gou­ver­ner contre le peuple avec l’as­sen­ti­ment de ce­lui-ci, c’est au­tre­ment im­por­tant. Et in­té­res­sant.

A te lire, les choses au­raient dé­gé­néré de­puis la ré­vo­lu­tion in­dus­trielle… or, tech­ni­que­ment par­lant, ce n’est pas juste. En va­leur re­la­tive ou ab­so­lue, il y a plus de gens qui « pro­fitent » des re­tom­bées éco­no­miques de­puis l’ère in­dus­trielle qu’avant. Car avant cette ère, c’était vrai­ment que quelques nan­tis hé­ré­di­taires qui pro­fi­taient de toutes les ri­chesses. Bien en­tendu, je ne dis pas qu’il n’y a plus de nanti hé­ré­di­taire mais enfin, dans l’ab­solu, la pro­por­tion a tout de même bien changé.

Après, on peut bien sûr phi­lo­so­pher long­temps si c’est un réel pro­grès que 1.5 mil­lard de bi­pèdes puissent se payer un poêle à ma­zout pour rou­ler et aller cher­cher un LED de 50 pouces pour s’abru­tir de­vant le JT et autres émis­sions tout aussi dé­bi­li­santes.

Mais je le ré­pète, je sui­vrai avec plai­sir ces quelques liens car je trouve éga­le­ment très in­té­res­sant l’his­toire…

T

Hervé
28.09.2015 à 13:54

Je ne suis pas un re­traité grec (et pas grecque) et vit en Suisse 8 mois par année avec une re­traite « in­ter­na­tio­nale » – la Suisse m’en a payé 3% et la Grèce 1.8%. La pro­por­tion est bonne pour la Suisse

Mo­dane
28.09.2015 à 14:31

A te lire, les choses au­raient dé­gé­néré de­puis la ré­vo­lu­tion in­dus­trielle…

Non non… Le res­sort de la chose est plus an­cienne. C’est que la ré­vo­lu­tion de 89 déjà nous a tou­jours été pré­sen­tée comme une ré­vo­lu­tion du Tiers État (sous-en­tendu le bas-peuple) alors que la ques­tion réelle était la ré­par­ti­tion des biens meubles et im­meubles entre l’aris­to­cra­tie, dé­ten­trice de l’im­mo­bi­lier, et cette classe émer­geant à l’époque, la grande bour­geoi­sie, dé­ten­trice du mo­bi­lier et vou­lant ac­cé­der aux ri­chesses im­mo­bi­lières.

À voir, par exemple, l’en­ri­chis­se­ment ra­pide de Dan­ton, et la chute de Ro­bes­pierre, on peut se poser déjà bien des ques­tions, et on com­prend d’au­tant mieux la ba­taille de Sedan, la ré­pres­sion de la Com­mune, l’ac­ces­sion de Pé­tain au pou­voir qui sont éclai­rées d’un jour nou­veau, dans une lo­gique très per­tur­bante pour un Ré­pu­bli­cain idéa­liste.

Mo­dane
28.09.2015 à 14:39

il y a plus de gens qui « pro­fitent » des re­tom­bées éco­no­miques de­puis l’ère in­dus­trielle qu’avant.

Tout à fait juste. Mais on sait bien que ces miettes sont un in­ves­tis­se­ment pour une paix so­ciale et que la ma­jo­rité du pro­fit n’est pas at­tri­buée au peuple (n’y vois rien de mar­xiste, je ne le suis pas). Re­marque que si­tuer le débat sur cette idée là est déjà le signe d’un li­bé­ra­lisme triom­phant. As-tu re­mar­qué qu’on ne parle plus, dans les me­dias, des évè­ne­ments qu’en termes éco­no­miques? On est loin, là, d’une dis­cus­sion éclai­rée sur l’es­sence de la Ré­pu­blique ou le bon­heur de nos sem­blables.

Zal­lag
28.09.2015 à 15:40

Il était fa­bu­leux, je l’écou­tais alors même que j’étais à peine un ado­les­cent. Sa voix, ses si­lences, son élo­quence, son élo­cu­tion par­ti­cu­lière étaient fas­ci­nants.

To­TheEnd
28.09.2015 à 15:40

La pro­por­tion est bonne pour la Suisse

Au temps pour moi, tu ne passes qu’un tiers de ton temps en Grèce…

Mais on sait bien que ces miettes sont un in­ves­tis­se­ment pour une paix so­ciale et que la ma­jo­rité du pro­fit n’est pas at­tri­buée au peuple

Les miettes dont tu parles font rêver pas mal de monde sur cette pla­nète à en croire les flux mi­gra­toires ré­cents et, d’une façon gé­né­rale, c’est un mo­dèle que quelques mil­liards de per­sonnes nous envie.

At­ten­tion, je ne dis pas que notre sys­tème est par­fait, ex­cellent ou même l’abou­tis­se­ment de ce qui se fait de mieux en dé­mo­cra­tie. A l’échelle de l’hu­ma­nité, ces 2 ou 3 der­niers siècles sont peu de chose… par contre les pro­grès sont co­los­saux. Main­te­nant, faire ce constat, ce n’est pas por­ter au fir­ma­ment le li­bé­ra­lisme mais tout sim­ple­ment re­con­naitre que dans l’en­semble, ça va quand même mieux qu’avant et pour beau­coup.

Après, je lis avec plai­sir que d’après toi, les mé­dias sont loin de faire un bon tra­vail au quo­ti­dien et je par­tage plei­ne­ment ton avis… et c’est bien pour ça que je ne suis plus de­puis long­temps les mé­dias tra­di­tion­nels. Mal­heu­reu­se­ment, comme 80% de la pla­nète veut une ba­gnole, une plus grande mai­son à 2h du bou­lot et re­gar­der le JT sur une plus grosse télé, on ne peut que consta­ter qu’on est mal barré.

T

Mo­dane
28.09.2015 à 16:34

Les miettes dont tu parles font rêver pas mal de monde sur cette pla­nète

Deux ré­flexions : si les ri­chesses étaient un peu mieux ré­par­ties, ils n’au­raient pas à rêver; et s’il y avait eu al­liance et non co­lo­ni­sa­tion, non plus.
Après, si le confort mo­derne est ef­fec­ti­ve­ment une bonne chose, on ne peut que sou­li­gner que la sur­con­som­ma­tion sert en­core une fois un sys­tème de pro­duc­tion qui a vu ses mar­chés na­tu­rels sa­tu­rés dès la fin des 30 glo­rieuses, hors réels pro­grès tech­no­lo­giques. Fi­na­le­ment, le rêve de­vient pro­duc­tif…
Mais bon… Si nous en res­tions à l’His­toire?

Hervé
28.09.2015 à 17:03

Pour en re­ve­nir à l’his­toire, il ne faut pas ou­blier que tout ce qui nous semble au­jour­d’hui quasi na­tu­rel n’a été ob­tenu qu’au prix de luttes très dures voire san­glantes. Les 40-48 heures, le week-end de congé. les va­cances n’ont pas été of­ferts sur un pla­teau d’ar­gent !

Jean-Yves
28.09.2015 à 17:12

>TTE : Je te lis tou­jours avec at­ten­tion et il n’est pas rare que ça élar­gisse mon champ de ré­flexion. Là, j’ai l’im­pres­sion d’une ré­ac­tion plu­tôt épi­der­mique, ré­dui­sant le billet de Mo­dane à une simple cri­tique de l’ul­tra-li­bé­ra­lisme, comme s’il fal­lait dé­fi­ni­ti­ve­ment ad­mettre qu’il n’y au­rait pas d’autres choix pos­sibles.
Ce n’est pas exac­te­ment la façon dont je l’ai perçu …

A te lire, les choses au­raient dé­gé­néré de­puis la ré­vo­lu­tion in­dus­trielle… or, tech­ni­que­ment par­lant, ce n’est pas juste. En va­leur re­la­tive ou ab­so­lue, il y a plus de gens qui « pro­fitent » des re­tom­bées éco­no­miques de­puis l’ère in­dus­trielle qu’avant.

De quelle ré­vo­lu­tion in­dus­trielle est-il ques­tion ?
La pre­mière (1700-1820), de 600 à 679 mil­lions d’ha­bi­tants vers 1700.
La se­conde (1870-1910), entre 1,55 et 1,76 mil­liard en 1900.
La troi­sième (de­puis1970), es­ti­mée à 7,35 mil­liards au pre­mier juillet 2015.

Au risque de dire une conne­rie …
En nombre c’est in­du­bi­table, vu l’évo­lu­tion ex­po­nen­tielle de la po­pu­la­tion mon­diale.
Bon, jusque là ça va, j’ai tout bon !
En pour­cen­tage de pro­fi­teurs, je serai plus cir­cons­pect, en re­gard de la va­ria­bi­lité des chiffres dis­po­nibles.
– Un pre­mier exemple, que cha­cun pourra cri­ti­quer à loi­sir …
– Un deuxième, que cha­cun pourra cri­ti­quer à …
– Un troi­sième, que cha­cun pourra cri­ti­quer …
– Un qua­trième, que cha­cun pourra …
– Un cin­quième, que cha­cun …
– Un avant-der­nier, que 
– Un  🙂

Mo­dane, merci pour la dé­cou­verte.

Fran­çois Cuneo
28.09.2015 à 18:27

Oui… quels sou­ve­nirs, mais moi c’était plu­tôt à la radio que j’écou­tais ce grand Mon­sieur, vu que la TV, nous n’avions pas.

Un petit vent de nos­tal­gie a souf­flé dans mon ventre, là.

Mo­dane
28.09.2015 à 20:41

Faut vite re­tour­ner l’écou­ter, alors!

Mo­dane
28.09.2015 à 21:10

Au moins, c’est clean. Merci!

To­TheEnd
28.09.2015 à 21:30

Deux ré­flexions : si les ri­chesses étaient un peu mieux ré­par­ties, ils n’au­raient pas à rêver; et s’il y avait eu al­liance et non co­lo­ni­sa­tion, non plus.

Deux constats: tu peux aller par­ler avec des vé­né­zué­liens (au ha­sard) qui sont un exemple mo­derne d’un pays qui a mis les ex­ploi­tants de­hors en na­tio­na­li­sant tout et tu nous diras com­ment ils vivent ça au quo­ti­dien au­jour­d’hui et s’ils ont l’im­pres­sion que ça va mieux. Deuxième constat, on est tou­jours plus in­tel­li­gent après et ef­fec­ti­ve­ment, il au­rait mieux valu s’al­lier que co­lo­ni­ser… pas sûr que c’est notre gé­né­ra­tion qui ré­glera ce pro­blème.

Là, j’ai l’im­pres­sion d’une ré­ac­tion plu­tôt épi­der­mique, ré­dui­sant le billet de Mo­dane à une simple cri­tique de l’ul­tra-li­bé­ra­lisme, comme s’il fal­lait dé­fi­ni­ti­ve­ment ad­mettre qu’il n’y au­rait pas d’autres choix pos­sibles.

Pas du tout, mais com­mencé à par­ler d’his­toire en don­nant l’exemple de pa­trons qui se barrent avec une grosse va­lise, j’ai l’im­pres­sion que c’est comme si tu vou­lais par­ler d’in­sé­cu­rité et que tu pointes du doigt 3 mecs dans le quar­tier qui portent une cas­quette à l’en­vers… mais comme aucun média ne se donnent la peine de « dé­tailler » le chiffre, c’est fa­cile d’être outré.

Au ni­veau de l’his­toire, je pense que ce qui a vrai­ment mis un coup d’ac­cé­lé­ra­teur à la crois­sance dé­mo­gra­phique, c’est la pre­mière ère in­dus­trielle… après tout le reste à suivi d’une façon plus ou moins ex­po­nen­tielle.

Main­te­nant, en terme de pour-cent, on a la mé­moire courte et ne se­rait qu’au siècle der­nier:

On a déjà été dans ces ni­veaux… on sait tous ce qui s’est passé. Mais quid de l’an 1600 quand le Bré­sil était le plus grand pro­duc­teur au monde de sucre pour le roi du Por­tu­gal? Et que dire de l’em­pire ro­main en l’an 200 quand il s’éten­dait de Lis­bonne à Ba­by­lone et de l’An­gle­terre au sud de l’Egypte? Et avant en­core, avec l’Egypte qui re­grou­pait à lui seul les plus grandes ri­chesses en mé­taux pré­cieux?

Mais at­ten­tion, je ne nie pas qu’il y ait dés­équi­libre au­jour­d’hui, je tente sim­ple­ment de dire qu’il n’est pas si ex­cep­tion­nel et que glo­ba­le­ment, ça va tout de même mieux pour le plus grand nombre.

T

M.G.
28.09.2015 à 22:15

Grâce à Mo­dane, je viens peut-être d’avoir l’ex­pli­ca­tion du dé­part de mon grand-père de France vers le Maroc en 1935. Il y sé­jour­nera jus­qu’en 1948, année de son ins­tal­la­tion à Dakar.

L’émis­sion de M. Henri Guille­min in­ti­tu­lée « La mon­tée du fas­cisme » se ter­mine par les évé­ne­ments du 6 fé­vrier 1934 aux­quels je sais que mon grand-père a par­ti­cipé, em­bri­gadé dans le camp des « Ca­me­lots du Roi » de Charles Maur­ras. Un autre nom ap­pa­raît dans l’émis­sion, celui du Ma­ré­chal Lyau­tey, qui au­rait été lié dès 1924 avec l’ex­trême-droite. Lyau­tey, ce fut aussi le pre­mier Ré­sident Gé­né­ral du Pro­tec­to­rat fran­çais au Maroc (Ca­sa­blanca lui doit son pre­mier plan d’ur­ba­nisme). Wi­ki­pé­dia nous ap­prend que de 1911 à 1934, la ré­si­dence de Lyau­tey à Paris se si­tuait au 5 de la rue Bo­na­parte. Cu­rieu­se­ment, c’est une adresse dont par­lait mon grand-père, sans ré­fé­rence à Lyau­tey mais comme lieu de réunion des « Ca­me­lots du Roi ». La gra­vité des évé­ne­ments du 6 fé­vrier 1934 à Paris et peut-être une im­pli­ca­tion par­ti­cu­lière de sa part, ex­pli­que­rait qu’il soit allé se mettre au vert au Maroc dont il n’est ja­mais re­venu, grâce à l’in­ter­ven­tion de Lyau­tey, évi­dem­ment.

Le poste d’in­gé­nieur en chef des in­fra­struc­tures de la base aé­rienne de Mek­nès qu’il a oc­cupé pen­dant toute la durée de la guerre res­sor­ti­rait du même « ar­ran­ge­ment ».

Comme je n’ai au­cune ar­chive puis­qu’elles ont été sys­té­ma­ti­que­ment dé­truites par ma grand-mère à la mort de son époux (sans me de­man­der mon avis) je me sens tou­jours un peu frus­tré de ce trou dans la saga fa­mi­liale.

Une fois de plus, merci Cuk.​ch 😉

Mo­dane
28.09.2015 à 22:21

>TTE : Cela nous en­traine fort loin de mon pro­pos qui était le tra­ves­tis­se­ment his­to­rique et le né­ces­saire tra­vail de l’his­to­rien. Et comme je di­sais, on ne peut pas tout ré­su­mer à l’éco­no­mie. Mais je par­lais de trans­fert de pro­priété dans les an­nées 1780, c’est que s’est passé avec le pé­trole au Ve­ne­zuela, plus ré­cem­ment. Comme quoi po­li­tique et éco­no­mie se confondent trop fa­ci­le­ment avec les in­té­rêts pri­vés, et que l’his­toire se ré­pète.

Mo­dane
28.09.2015 à 22:24

>M.G. : Très tou­ché de t’avoir peut-être été utile.

Sir­ren­sis
29.09.2015 à 00:03

Merci Mo­dane pour ce rap­pel des émis­sions de Guille­min qui m’avaient per­mis d’en­trou­vrir l’im­por­tance de l’his­toire. À peu près à la même pé­riode, il y avait, à la té­lé­vi­sion suisse ro­mande, un jeu té­lé­visé de culture gé­né­rale avec un autre sa­vant du nom de Jacques Ber­gier, si je ne fais er­reur.
Et c’est deux-là, tout comme ton texte, me ren­voie à Han­nah Arendt. Trans­mettre la tra­di­tion cultu­relle pour ne pas re­pro­duire les to­ta­li­ta­rismes.
En ce sens ton billet nous y aide.

pter
29.09.2015 à 02:08

Merci Mo­dane, je dé­couvre plein de choses grace a ce Mr Guille­min !

Mo­dane
29.09.2015 à 16:10

Je ne ré­siste pas au plai­sir d’une lec­ture cap­tée au­jour­d’hui au vol: la lettre ou­verte de Ni­co­las Hu­gue­lin, pro­fes­seur d’his­toire, à Na­dine Mo­rano, après sa sor­tie inepte et ca­la­mi­teuse…
Allez lire, c’est une bonne plume!

guru
30.09.2015 à 19:26

Déjà ado, j’étais scot­ché de­vant ma radio lorsque ce grand Mon­sieur y fai­sait ses confé­rences (dif­fu­sées sys­té­ma­ti­que­ment à la radio belge) !

Mo­dane
30.09.2015 à 19:38

Vous avez eu quand même va­che­ment de veine, vous tous, de l’avoir cô­toyé aussi tôt!

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